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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 18:17

   

AUX SANS-AVENIR

  

  

on veut nous persuader de rester tranquilles, de désavouer les actes de rébellion qui, depuis quelques jours, éclatent partout dans le pays – et de souffrir patiemment, au nom de la logique de l’argent, toutes les humiliations. On menace, si nous ne rentrons pas dans le rang, de nous interdire la rue, de nous tabasser, de faire couler notre sang. Les dirigeants de toute obédience, qui ne songent qu’à nous voir croupir à jamais dans la servitude et la misère, prétendent encore et toujours nous priver des richesses immenses que notre classe, et elle seule, a produites.

 

Comme un bétail trop prolifique, nous sommes voués par des technocrates et des rentiers à la précarité et au dénuement, aux maladies et à la décimation. Si nous avions à trancher maintenant s’il faut ou non se soulever, la prudence nous imposerait d’y réfléchir à deux fois, tant les moyens que consacrent les hautes castes au maintien de l’ordre sont immenses, tant les liens communautaires qui faisaient autrefois notre force se sont distendus – et tant la confusion des idées est savamment entretenue par les médias. Mais dès lors que le combat s’est déjà engagé, et qu’il s’est engagé à l’initiative d’un adversaire qui rêve de nous clouer le bec pour des générations, nous n’avons d’autre choix que de nous résoudre à la plus piteuse, à la plus douloureuse des défaites ou de nous apprêter à redoubler d’audaces et d’exigences.

 

Nous pouvons être certains qu’on fait déjà contre nous de nouveaux préparatifs d’enfermement et d’exclusion. Mais ce n’est que par le péril que l’on échappe au péril. Il faut donc employer la force quand l’occasion s’en présente, comme ne manquent jamais de le faire les puissants qui nous traitent comme du purin – car, face aux dangers qui nous menacent, il est plus dangereux de rester courbés et muets que d’essayer d’en venir à bout. Cette occasion, amenée par les vents capricieux de l’histoire, ne la laissons pas s’envoler, si nous voulons enfin nous assurer une existence plus libre et plus heureuse. Les êtres qui désirent mais n’agissent pas engendrent la peste.

 

Nous savons tous, au fond, que si le bien-être et les plaisirs nous sont à jamais interdits, que si l’ennui et la précarité façonnent notre destin, nous le devons à notre acceptation trop docile de l’ordre des choses. Seuls d’entre nous s’en « sortiront » les serviteurs les plus zélés : tant qu’il y aura du salariat, il n’y en aura jamais assez pour tout le monde, et la vie continuera d’être ce périple angoissé à travers un espace dûment surveillé, clos et bétonné, où s’entre-déchirent les pauvres sous l’oeil amusé des maîtres. Les employés fidèles ont le droit de subir la tyrannie des horaires et la tristesse des tâches morcelées, en échange de revenus toujours plus maigres. Les autres, chômeurs et précaires, sont plongés dans un dénuement plus grand encore, accablés d’injures, vivant d’aumônes et d’expédients, guettés par l’enfermement et le désespoir absolu. Nous le sentons tous, une telle société ne mérite pas d’exister, et ceux que l’appât du gain ou le goût de la servitude incitent à la défendre doivent être balayés.

 

Ceux qui fondent leur pouvoir sur la peur vivent eux-mêmes dans la crainte des populations qu’ils dominent et exploitent. Les forces de répression dont ils se sont dotés peuvent se disloquer aussi vite que, naguère, celles des dictatures bureaucratiques, – pourvu que la rue fasse pleinement sentir sa propre force. Nous devons donc éviter de les affronter là où l’ennemi nous attend avec toute la puissance de ses armes : ces cortèges-pièges, organisés par les syndicats co-gestionnaires et les récupérateurs politiques, dont la connivence avec les prédateurs de l’économie n’est plus à démontrer. Occupons plutôt nos quartiers, nos entreprises, nos écoles. Assiégeons les gens de pouvoir et d’argent en leurs bastions. Refusons de dialoguer avec ces experts en fourberies et entamons sans tarder, entre nous, les vrais débats, ceux qui naissent des passions impatientes. La route des excès mène au palais de la sagesse.

 

Montreuil, le 19 octobre 2010

  

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Published by Diane Meunier / mystic'anar / nadie
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Diane Meunier 21/04/2011 11:45


Je ne doute pas que vous ayez lu Guy Debord ! ("Ne travaillez jamais!")
Merci beaucoup de votre conséquent apport circonstancié et personnel à la "cause...humaine"!
Le travail - le vrai - n'est ni salarié, ni "intéressé"; il consiste à être "VIVANT" et à le rester jusqu'au bout! C'est-à-dire curieux de tout et créatifs, et surtout en REVOLTE contre le cynisme
des sociétés et de leurs systèmes, et bien sûr des Etats qui les soutiennent CONTRE l'humain, ce dont vous parlez fort bien sur votre site!
Diane.


Delcuse 20/04/2011 13:14


Le problème n’est pas tant d’avoir du travail que d’avoir de l’argent. On crève autant de l’obsession de l’argent qui est dans notre tête que du manque d’argent dans nos poches.

La misère ne se traduit pas par la difficulté ou l’impossibilité de consommer, mais par le fait que nous n’avons d’autres choix que consommer ; d’autres choix que de courir après l’argent pour
satisfaire nos besoins ; d’autres choix que passer sa vie dans la contrainte à la gagner ; organiser sa vie autour de l’argent, sans lequel rien de grand, de beau, d’agréable n’est
reconnu.

Un monde dans lequel l’imagination et l’affectif dépendent du rapport à l’argent, voilà la misère réelle dont tout le reste n’est que conséquence.

Identifier la misère au chômage et au manque d’argent que cette situation provoque, est un non-sens. Ce n’est pas que les choses coûtent chères, qui est cause de la misère, mais qu’elles aient un
coût ; et ce coût nous oblige à travailler. On ne travaille pas pour créer un monde passionnant, ni construire la mémoire de tout un peuple, et moins encore pour réaliser notre humanité, mais
pour payer sa vie.

Le travail réduit la vie à un contrat.

Mais, la vie n’est pas un contrat ; elle est une donnée. La vie manifeste une richesse infinie que le travail pille, réduit, détruit.

Le travail n’est pas source de richesse, mais cause de misère.

Avec le travail, apparaît la concurrence entres les hommes et l’appropriation des richesses par un petit groupe d’exploitants. Le travail provoque la confiscation, au plus grand nombre, des
décisions sur leur propre vie. Le travail n’est pas une contrainte qui limite la liberté ; il est la privation de la liberté. Avec le travail, le sens de la responsabilité dépend d’un contrat,
et non de sa propre conscience. La conscience professionnelle n’est qu’une fausse conscience qui sert à justifier le travail, et non à faire preuve d’un sens des responsabilités. La conscience
professionnelle s’exercent sous une responsabilité étroite qui dépend des conditions du travail, et non de la conscience de la vie.

Le travail n’est pas le contraire de la paresse, mais sa condition. Et seul peut jouir de la paresse celui qui en a les moyens, autrement dit, celui qui exerce un pouvoir de décision sur ceux qui
travaillent, non celui qui est privé de travail. Le chômage n’est pas une condition à la paresse, mais une condition d’absence, de vide, d’oubli. Le chômage n’est pas le contraire du travail, mais
sa forme inactive, c’est pourquoi le chômage est source d’angoisse et non de bien-être.

Les liens que tisse le travail ne sont qu’accessoires.

Lorsque l’individu perd son emploi, ses liens s’effondrent. Dans le chômage, l’individu ne se retrouve pas, il est brisé. Le travail est un rapport violent à la vie que le chômage ne fait
qu’aggraver.

Il y a du chômage parce qu’il y a du travail.


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  • Diane Meunier / mystic'anar / nadie
  • Poète, éditrice artisanale ("l'écrit de la chouette",peintre,comédienne,auteure-compo-interprète de 5 CD (Universal Jeunesse) + co-fondatrice de la Cie R.A.O.U.L. & R.I.T.A. avec Thierry Lefever (voir dans "liens")

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