"le monde en loques" (glycero et chiffons sur panneau Isorel 52X35
Diane Meunier / ExPoéPic Juin 2009
Considérons quelques séquences du spectacle de la vie
les trottoirs accablés de trotteurs aux regards
déments d’urgence mécanique d’indifférence de peur ou de solitude
les boulevards bourdonnants et hurlants
la circulation noriante sans issue ni fuite imaginables
ces vitrines pousse-au-crime pousse-au-viol
pousse-au-feu
celles aux lapins saignants pendus la tête en bas et des têtes de veaux
aux gros yeux vides fixés sur nos vacuités
les restaurants huppés aux aquariums paradisiaques
où tournent des chairs ondoyantes
où frémissent des pinces des carcasses
promises à l’intestin humain
les pelouses citadines interdites aux ballons et aux amoureux
Les écrans de fumée—- ultimes parades à la réalité
où l’on se regarde vivre fascinés amusés distraits désespérés
les bistrots de banlieue emplis de destins sans
aucun avenir
les usines désaffectées autrefois bruissantes de vies exploitées
« à côté » de la vie, dorénavant inutiles
les tristes chiens urbains aux crottes mécaniques
emballées sitôt posées
les manifestants qui réclament périodiquement plus de travail
plus d’argent à dépenser pour devenir de meilleurs consommateurs
et « consoler » leurs enfants exigeants qui ne savent plus jouer ni courir
victimes d’adultes puérils vaincus égarés faibles et stupides
les quartiers-bastions sécurisant l’argent
les quartiers-poubelles au pourrissement débordant
délibérément
les cliniques de premier choix pour clients de premier choix
les hôpitaux et hospices abandonnés aux moins offrants
...
et puis plus loin plus haut plus fort
plus planétaire :
les rivières
chargées de nos excréments
et celles
enterrées sous les routes les immeubles
qui doutent de revoir le ciel
et de trouver la mer
les lacs fatigués aplatis par un ciel lourd
maussade et muet
les fleurs orphelines et stériles
les océans aux secrets pillés, asphyxiés
bientôt des égouts
la glace polaire, vierge à l’hymen percé par
les violeurs, chercheurs d’or noir
les montagnes ébranlées stressées étranglées
de pistes et de câbles
souillées par la stupidité de l’argent facile
les forêts les insectes les oiseaux les humains
condamnés sans procès
et le soleil hilare
qui se prépare à nous chauffer à blanc
et la lune au sourire jauni
cible prochaine
des exploiteurs du commerce du tourisme imbécile
et autant d'assassins

