La lune marbrée et ronde comme un camembert a posé son regard sur moi
alors que pantelante encore d’angoisse et d’obsession de fuite sans retour
je m’accrochais au drap pour sentir le concret entre mes doigts sensibles
craignant de ne plus être sans le savoir et sans l’avoir choisi…
Et, puis un corbeau s’est posé sur la poutre au-dessus de ma tête
Son œil rond et noir – exact opposé de la lune – me fixait sans expression
Son bec s’ouvrait et se fermait, me parlant silencieusement
Et je m’affolai de ne pas comprendre
Je voulus tourner le dos pour échapper à l’œil du corbeau
à celui de la lune…
demeurant immobile…figée dans une compacte horreur je tentai
un mouvement de la main…du doigt…du pied…des paupières…
de la bouche…
tentai un appel, un cri, un hurlement...
Mes lèvres restèrent scellées, ma langue atrophiée
ou amputée
…
Je laissai alors l’éternité immobile férocement m’embrasser
j’étais morte…ou testée…
J’aurais pu, j’aurais dû accepter…
Une larme rebelle a coulé de mon œil...
Puis un filet, salant ma bouche, réveilla ma langue
Enfin un cri, le mien, comme une pierre lancée sans grand espoir
à la tête d’un monstre inimaginable…
Alors mon corps, a retrouvé ses membres…
Sortant, épouvanté, d’un rêve quasi létal
…
J’avais échoué…
Texte extrait du recueil "Turbulente Anima" avec "Fleurs de Lune" Diane Meunier 2009