Le Bon chagrin
J’entends pleurer les montagnes
sous la souillure balisée
leurs soupirs portés par les nuages
J’entends pleurer les rivières
leurs éclats de ciel perdus
et les poissons se noient dans leur chagrin
J’entends gémir la lune ahurie
proie convoitée
dans un ciel consterné
J’entends sangloter les océans
leur voix de Titans des Premiers Âges
les pieds dans la pourriture
Je n’entends plus les frissons de
tous ces mondes qui pullulent
minuscules
dont je ne connais pas le nom
Les arbres ne pleurent plus
ils ont tout compris
ils plaignent les humains parfois
doucement
ou gémissent avec le vent
menaçant
Et les fleurs qui chuchotent et pâlissent
et pourrissent en souriant
Et les hommes qui gueulent
nés pour se trahir
leur colère est si grande
si profonde leur tristesse
et si extravagant leur désir
de s’abolir