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Fatiguée...

004-copie-1
                         "Aurore"  Diane Meunier / Pastel sur feuille Canson noire
 
 
La fatigue...fatiguée
 
Je traîne pieds nus dans la cuisine
mal dans la poitrine
comme une pierre brûlante et pointue dans l’œsophage
respire difficilement
cherche à quoi accrocher mes yeux
pas même un poisson à regarder tourner dans son bocal
ni un oiseau se jeter contre les barreaux de sa cage
 
Moi et mes principes !
 
J’allume la télé
Merde.
essaie la radio
une foldingue hurle un air d’opéra
lui claque la gueule à elle aussi
 
 
La folie tapie dans un coin de ma tête
passé une demi-heure aux chiottes à lire le programme télé
souligné ou encadré deux ou trois phrases bien senties
de beaux-parleurs patentés
 
Le monde va sûrement changer...
 
Fini le fond de cerises à l’eau-de-vie
Grignoté un bout de fromage
Le voyant rouge du téléphone clignote
efface sans écouter
 
Il fait très lourd
sors pour regarder les étoiles
peux pas garder la tête levée
de toute façon c’est toujours les mêmes
 
Une fois, j’en ai vu une tomber à mes pieds en plein jour
un petit morceau d’étoile tout noir
Ah bon, c’est ça?... me suis dit
 
Je me déshabille je danse en chantant
pieds nus dans le gazon sec sec sec
de l’eau coule sur mon visage sale ma bouche
  
Il fait si lourd...
 
     Un avion traverse le ciel en clignotant...
  Que font tous ces cons là-haut?
  Je leur hurle ma rage...
 
  Un oiseau s’enfuit en criant de peur ou
  de protestation : je l’ai dérangé!
  Reviens! Besoin de compagnie je lui crie…
  Je le vois traverser la lune
  chevaucher la voie lactée...
  
  Le feuillage du marronnier s’agite
  Je frissonne...
  Pourtant il doit faire encore pas loin des 30 degrés cette nuit.
  
  Et ça, c’est une comète
  Ou un engin spatial
  Je lui parle en martien
  On ne sait jamais.
 
  Crac!
  Marché sur quelque chose qui m’a piquée au talon
  C’est vrai, je suis pieds nus!
  Fais une grimace aux étoiles
  Rentre.
 
  La lumière électrique est encore plus sinistre
     me nettoie les pieds sans trouver la piqûre
     m’asperge d’eau froide
     me recouche dans les draps moites
     sans regarder l’heure
 
 
     il en reste encore trop à tuer
     des heures
     le cauchemar du jour
     se pointera toujours assez vite…
 
 
 
 
 

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