Je fais mine de m’interroger...
Quelque chose qui dirait la vraie nature des choses
Incohérence des morceaux de vie et d’actes à jamais mal posés
Possibles et impossibles comme des tyrans siamois
Imaginer le plaisir pour le faire revenir de très très loin
pour le rendre « réel » (guillemets à retenir!)
Ou simplement le laisser passer pour ne pas l’hypothéquer
comme la chance
S’extraire de la masse de la mélancolie de la mélancolie de masse
Cultiver les extrêmes le très peu de rien ou le plus de beaucoup
Renoncer à la passion et au manque de passion
Rassembler tout et rien
ou tout ou rien ou bien les séparer
Les forces s’électrisent dans les rapports ou se court-circuitent
et s’éteignent dans le faux
Ne pas ralentir si ce n’est pour passer plus vite
Le début garantit la fin et c’est bien !
S’il y a fin le début est garanti...
Est-ce que c’est bien ?
Les étoiles ne consolent plus
On sait maintenant ce qu’elles cachent ces masses de cailloux inertes
roulant sur l’équivoque depuis le mensonge de la création
Les astres mentent aussi et aussi bien que nous
Créatures ambigües évoluant sans autre guide
que la mystification antique
On ne peut plus comprendre ce qui n’est plus
et nous chavirons à chaque instant !
Pourtant nous faisons mine de nous interroger...
Nous nous réjouissons de ressentir quelque chose
comme une grâce ou une protection
Alors que nous ne faisons que nous étourdir
En découlent des actes incompréhensibles
des vies absconses parfois monstrueuses
des non-sens absolus
Et quelque chose survient
Et les étoiles font semblant de vivre pour nous
Et nous faisons mine de les interroger...
Anxieux de nous éteindre avec elles
Ecrire...c’est faire un bond en dehors du rang des assassins »
dit Kafka
Pourtant un tas d’assassins écrivent...
Les mots sont mystérieux et leur choix troublant
Et l’ignorance nous estime à l’inutilité de nos questions
Aucune chose sérieuse au monde...sauf le rire
Nous sommes aussi mécaniques que des vers
« Je vis parce que les montagnes ne savent pas rire,
ni les vers de terre chanter »
dit Cioran
Nous sommes des visiteurs qui ne visitons que l’absence
Et parfois nous voyons quelque chose...
Et faisons mine de nous interroger...
Du temps, marée après marée
nous attendons toujours quelque chose
mais tout ce qui reste du monde est déjà histoire passée
Depuis le début nous vivons en suspension
En quête du fond des choses nous ne voyons qu’un trou
parfois éblouissant
Avènement ou absence d’événement...
Simple exercice de mouvement de néant ou
de brossage de cailloux
Le chemin nous échappe nos limites le cachent
Alors nous faisons mine de les interroger
Flottant jamais bien longtemps dans l’insouciance
Tendance à couler couler profond
Trop d’images nous attirent vers le fond
Trop de pensées y retiennent les corps
Et bientôt nous ne pourrons plus nous interroger