Chapitre : Sur la tristesse
[...] Une constatation que je peux vérifier, à mon grand regret, à chaque instant :
seuls sont heureux ceux qui ne pensent jamais, autrement dit ceux qui ne pensent
que le strict minimum nécessaire pour vivre. La vraie pensée ressemble, elle, à un
démon qui trouble la source de la vie, ou bien à une maladie qui en affecte les
racines mêmes. Penser à tout moment, se poser des problèmes capitaux à tout bout
de champs et éprouver un doute permanent quant à son destin ; être fatigué de vivre,
épuisé par ses pensées et par sa propre existence au-delà de toute limite ; laisser
derrière soi une traînée de sang et de fumée comme symboles du drame et de
la mort de son être – c’est être malheureux au point que le problème de la pensée
vous donne envie de vomir et que la réflexion vous apparaît comme une damnation.
Trop de choses sont à regretter dans un monde où l’on ne devrait rien avoir à regretter.
Ainsi je me demande si le monde mérite réellement mon regret [...]
"Contaminé" - peint sur journal...et avec les pieds!
ExPoéPic 2011